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COMMÉMORATION DE L'ABOLITION DE L'ESCLAVAGE

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La commémoration du 172ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage, organisée par la ville de Seyssins et es associations Casomi et AlterÉgaux.Isère, ne pourra se tenir dans les mêmes conditions que les années précédentes.
Nous vous proposons aujourd'hui de rendre hommage aux femmes, hommes et enfants qui ont vécu cette tragédie au travers d'un poème, des discours de l'association CASOMI et [...]

POÈME : « Afrique »
Dans Coups de Pilon (1973) de David DIOP (1927-1960)

Afrique mon Afrique
Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales
Afrique que chante ma grand-mère
Au bord de son fleuve lointain
Je ne t'ai jamais connue
Mais mon regard est plein de ton sang
Ton beau sang noir à travers les champs répandu
Le sang de ta sueur
La sueur de ton travail
Le travail de l'esclavage
L`esclavage de tes enfants
Afrique dis-moi Afrique
Est-ce donc toi ce dos qui se courbe
Et se couche sous le poids de l’humilité
Ce dos tremblant à zébrures rouges
Qui dit oui au fouet sur les routes de midi
Alors gravement une voix me répondit
Fils impétueux cet arbre robuste et jeune
Cet arbre là-bas
Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées
C`est l'Afrique ton Afrique qui repousse
Qui repousse patiemment obstinément
Et dont les fruits ont peu à peu
L’amère saveur de la liberté.


DISCOURS DE L'ASSOCIATION CASOMI

Monsieur le Maire,
Mesdames, Messieurs les officiels,
Mesdames, Messieurs les responsables d’associations du Patrimoine et de la Mémoire,
Mesdames, Messieurs des associations de toutes sensibilités,
Mesdames et Messieurs,

Jean-Marc Ayrault, Président de la Fondation de la Mémoire de l’Esclavage et Christiane TAUBIRA présidente du comité de soutien de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, ont certainement pesés de toute leur influence pour que cette journée du 10 mai 2020 soit tenue, en respectant les règles de confinement.

Nous nous sommes réunis ce jour, à Seyssins, Place Victor Schoelcher, avec Monsieur le Maire Fabrice HUGELE et avec l’association AlterEgaux.Isère pour déposer une Gerbe en Mémoire de nos aïeux et aïeules victimes de la traite et de l'esclavage.

172 ans après 1848, nous devons toujours nous poser la question, qu’est-ce qui a changé ?

Notre présence ici, aujourd’hui, se réfère à La loi du 21 mai 2001 tendant à la reconnaissance de la traite et de l'esclavage en tant que crime contre l'humanité dite loi Taubira.

Cette "journée nationale des mémoires de la traite, de l'esclavage et de leur abolition" de 2020 doit nous rappeler à l’ordre.

Qu’est-ce qui nous échappe, au point de constater que beaucoup reste à faire/. En 2019, l’organisation internationale du travail (OIT) faisait savoir que l’esclavage contemporain touchait plus de 40 millions de personnes à travers le monde.

Cette journée commémorative de l'abolition de l'esclavage pour laquelle nous sommes ici doit nous permettre de penser un instant et comprendre les conséquences de l’esclavage et les dégâts toujours présents.

A l’intérieur des familles antillaise il existait un racisme sourd entre enfant de peau claire et ceux un peu plus foncé jusqu’à il n’y a pas si longtemps. Ils existaient des punitions d’un autre âge, particulièrement violentes à l’intérieur de familles antillaises et qui prennent leurs sources dans des méthodes des maitres esclavagistes.

Des méthodes d’éducation reprise par les descendants de ces esclaves après l’Abolition de l’esclavage dans les Antilles par exemple : où des parents pratiquaient des méthodes dites de dressage sur leur propre enfant, il n’y a pas si longtemps. Nous savons combien les méthodes appliquées dans la vie des esclaves pour les éduquer ont laisser des traces indélébiles.

On le constate encore aujourd’hui dans le comportement, dans le fonctionnement des descendants-tes d’esclaves une santé mentale en résistance. Cette santé mentale en résistance bloque la capacité de toute une population à s’affranchir totalement des contingences du passé esclavagiste et de celles d’aujourd’hui.

Cette ignominie qui gangrène toutes les sociétés, particulièrement dans des régions où le commerce de l’esclavage a été érigé en un bien incontournable, organisé, accepté par des autorités religieuses, étatiques, des entreprises privées…

Les institutions et les organisations qui luttent contre l’esclavage doivent continuer leurs missions à tous les niveaux pour combattre le phénomène de l’esclavage à travers le monde avec la plus grande détermination.

Nous qui agissons au quotidien pour rendre la vie des enfants, des femmes et des hommes dignes. On devrait se poser la question…

Depuis l’Afrique jusque dans les colonies, les enfants, les femmes et les hommes capturés ont toujours lutté, se sont toujours battus, se sont organisés pour refuser cette terrible condition de privation de liberté.

Dans les territoires d’Outre-mer, nous faisons face à une réalité qui demande REPARATION.

Les esclaves ne furent pas indemnisés, les maîtres le furent, pour la perte de leurs esclaves, de leurs biens puisque l’esclave était considéré comme un bien meuble. Les esclaves certes, seront affranchis, mais resteront encore des années durant colonisés.

Nous qui sommes conscients, chacun à son niveau, par des travaux d’intellectuels-les, des travaux de terrain de proximité, nous devons renforcer les moyens d’actions pour obliger
les Etats à prendre des décisions afin de faire évoluer les lois, pour extraire ces enfants, ces femmes et ces hommes de ces situations ignobles.

La loi Taubira demande à être renforcée, d’aller plus loin pour permettre qu’il y ait REPARATION.

Cette REPARATION demande à être étudiée dans sa forme et son contour et à s’inscrire dans la loi.

Arrêtons-nous un instant sur des artisans antillais de la cause abolitionniste, que nous ne devons pas oublier :
La mulâtresse Solitude, née vers 1780, est l’une des figures historiques des rébellions de 1802, enceinte de quelques mois, La Mulâtresse Solitude rejoint Louis Delgrès dans ce combat contre le rétablissement de l’esclavage en 1802 ; elle est condamnée à mort et suppliciée le 29 novembre de la même année, le lendemain de son accouchement.

Figure féminine des insurgés de 1802 en Guadeloupe, la Mulâtresse Solitude incarne les femmes et les mères des Caraïbes qui se sont battues en faveur de la défense des idées de liberté et d’égalité dans le contexte du système esclavagiste.
Bien d’autres nègres marron connus et moins connus de l’histoire ont contribué à cette abolition.

Louis Delgrès né à Saint-Pierre en Martinique, une personnalité de l'histoire de la Guadeloupe. Colonel d’infanterie des forces armées à la Guadeloupe, abolitionniste/, il est connu pour la proclamation anti-esclavagiste signée de son nom, datée du 10 mai 1802,
haut fait de la résistance de la Guadeloupe aux troupes napoléoniennes.

Cyrille Charles Auguste Bissette est un homme politique martiniquais, qui mériterait d’être plus connu et reconnu car il a été lui aussi un élément déterminant de la lutte pour cette abolition bien avant le vote de la loi du 27 avril 1848 portée et défendue par Victor Schoelcher à l’Assemblée Constituante.

Cyrille Bisette, pour avoir été soupçonné d’avoir écrit une revue qui remettait en cause l’esclavage, sera marqué au fer rouge et condamné à dix ans de bannissement des colonies françaises. Il fonde une « Société des hommes de couleur » et, en 1834, la Revue des colonies, dont il devient le directeur. Il avait rédigé une proposition de loi qui tenait en plusieurs articles.

L’histoire de l’esclavage dans les territoires des Outre-mer est l’histoire de France. Elle doit trouver toute sa place dans les programmes de l’école publique, elle doit aussi trouver sa place dans l’enseignement populaire, les créations culturelles (films, pièces de théâtre, documentaires, etc.).

Je suis de cette génération en France, en terre Française qui a appris son histoire à travers celle des Amérique dans les livres de grands abolitionnistes.

C’est en lisant l’histoire de l’esclavage américain à travers l’histoire de Frédéric Douglas que j’ai appris mon histoire celle de la Martinique un pan de l’histoire de France qui m’a paru limpide aussi dans les territoires des Outre-mer pour moi il n’y avait pas de différence. J’avais suffisamment de signes autour de moi pour comprendre le lien.

Pour finir,
Je voudrais citer Frédéric Douglas :

« Là où il n'y a pas de lutte, il n'y a pas de progrès. Ceux qui professent vouloir la liberté mais refusent l'activisme sont des gens qui veulent la récolte sans le labour de la terre, la pluie sans le tonnerre et les éclairs : ils voudraient l'océan, mais sans le terrible grondement de toutes ses eaux ».

Philippe-Claude EBROIN
Président du CASOMI

Pour plus d'informations : http://gip-mmeta.org/




DISCOURS DU MAIRE, FABRICE HUGELÉ

Monsieur le Président de l’association CASOMI,
Mesdames, Messieurs,

Je veux vous remercier d’être présents pour cette commémoration si particulière du 172ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage. C’est une commémoration très restreinte qui a été autorisée par le Préfet de l’Isère. Elle ne ressemble pas à ce que nous avons l’habitude d’avoir à Seyssins. Car les commémorations ici sont toujours des moments collectifs, où le public est nombreux, pour accomplir le devoir de mémoire. Mais rien ne doit nous empêcher de nous rappeler.

Grâce aux nouvelles technologies nous saurons retranscrire, tout « en restant chez soi » nous saurons nous rappeler.
Nous nous souvenons aujourd’hui l’esclavage. De cette tragédie qui a meurtri tous les continents pendant près de quatre siècles. Nous honorons la mémoire de millions d’hommes, de femmes, mais aussi d’enfants arrachés à leur terre. Ces populations déportées, convoyées par bateaux entiers comme des animaux, vendues comme de vulgaires marchandises. Niées en tant qu’être humains. L’horreur absolue organisée, encadrée par les grandes puissances coloniales et justifiée par un racisme d’Etat.

Puis à la monstruosité de ce crime contre l’Humanité, s’est ensuite ajoutée l’ignominie de l’oubli.

Lorsque l’esclavage a été enfin aboli en 1848, grâce au travail acharné de Victor Schoelcher, des consignes de silence ont été données. Il fallait d’abord oublier.
Oublier et faire en sorte que les descendants des populations d’esclaves, éprouvent d’abord de la honte, quand tout devait au contraire les inciter à la révolte.

Il a fallu attendre le 10 mai 2001, pour qu’une loi dans son article 1er, proclame que la République Française reconnaît la traite négrière et l’esclavage comme crime contre l’humanité. La mémoire de l’esclavage, longtemps refoulée, est désormais intégrée à l’Histoire. Mais les non-dits restent présents. Comme l’écrivain poète et philosophe Edouard Glissant le rappelait en 2007, dans un entretien donné au journal l’Humanité : «Les non-dits, en ce qui concerne l'esclavage, sont innombrables. D'abord de la part des descendants d'anciens esclaves, dont certains ne veulent pas entendre parler de ce passé. C'est un non-dit très grave, car il laisse en suspens quelque chose qui n'est pas résolu. Du côté des descendants des anciens esclavagistes, le non-dit est tout aussi présent. Il y a des maladies de la mémoire. Tant individuelles que collectives. »

Par cette commémoration nous oeuvrons, à notre modeste niveau, à soigner cette mémoire collective. Nous apportons aussi notre pierre pour que, demain, chacun dans son for intérieur porte en lui ce souvenir.

Merci de votre attention.